La Fête est finie : rencontre avec la réalisatrice Marie Garel Weiss

December 3, 2019 0 By HearthstoneYarns

Quand l’amitié est plus forte que la dépendance… Pour son premier long métrage, Marie Garel Weiss aborde une histoire d’amitié sur fond de dépendance, incarnée avec justesse par deux héroïnes attachantes, Zita Hanrot et Clémence Boisnard. Rencontre

AlloCiné : La Fête est finie aborde le sujet de la toxicomanie, et c’est aussi une histoire d’amitié avec des héroïnes très attachantes. On sent que vous avez apporté un soin particulier à ne pas faire un film qui soit plombant avec des clichés sur ce sujet…

Marie Garel Weiss, scénariste et réalisatrice : La dépendance est un contexte. C’est une bataille pour s’en sortir, mais elle pourrait être ailleurs. Elles pourraient être dans un hopital avec une autre maladie, ou, je ne sais pas, dans une ferme bio !

Le contexte, c’est : comment on lutte pacifiquement pour s’en sortir, comment on trouve les ressources en soi, en l’occurrence grâce aux autres, grâce aux liens pour s’en sortir. Mais ça pourrait être se sortir même d’un contexte social qui est aujourd’hui hyper violent, hyper dur. 

Je voulais raconter l’histoire de deux filles que tout oppose, dont on se dit au début ‘ne vous mettez pas ensemble parce que ça ne va pas bien se passer’, et qui bravent cette espèce d’interdit, les diktats, et les théories de tout le monde, parce qu’elles ont leur parcours. Mais sur fond de dépendance, qui est une maladie comme une autre.

Plus je me suis éloignée de la réalité, plus j’ai trouvé des émotions que je voulais exprimer

Il y a une part autobiographique dans ce film…

Oui, ça part d’une histoire personnelle, d’un combat personnel. Je n’aime pas le mot combat, car ça peut avoir l’air de quelque chose de violent. Mais ça part d’une expérience, et d’une amitié surtout, vécue dans ce contexte.

Mais je suis sortie du réel, car paradoxalement, je trouve qu’avec l’écriture cinématographique qui s’inspire de ce que vous avez vécu, plus vous trahissez ce que vous avez vécu, et plus parfois vous vous retrouvez émotionnellement. C’est assez dingue comme processus. Au début, mon scénario était collé au sol, il était lourd de moi-même. Plus je me suis éloignée de la réalité, plus j’ai trouvé des émotions que je voulais exprimer.

Le titre du film trouve aujourd’hui un écho un peu particulier. Quand vous avez choisi ce titre, il n’y avait pas cette chanson d’Orelsan !

Oui, c’est drôle. Les gens ne savent pas forcément qu’écrire un film, le faire, ça prend du temps. Donc le film s’appelle La Fête est finie depuis 3 ans, donc parfois je vois ‘ils ont copié !’ (rires) Moi, en fait, je trouve ça assez sympathique car ça n’est pas une expression jeune. C’est un peu une expression de quarantenaire. C’est un peu ‘on a bien profité, et maintenant notre corps nous lâche, ou notre morale nous lâche…’ Y a un truc qui ne fonctionne plus ! D’ailleurs pour m’amuser j’ai écouté la chanson d’Orelsan et c’est exactement ça qu’elle raconte.

Pour quelqu’un qui a un problème de dépendance, il n’y a pas de fête

Et en même temps, le film ironise un petit peu avec le titre, car pour ces deux filles, ça n’a jamais été la fête. Donc c’est plutôt ‘Que la fête commence !’, mais c’était déjà pris ! L’affiche illustre bien cette ironie. C’est parce que la fête est finie qu’elle commence. Il y a cette expression de jeune que j’emploie à un moment donné et que j’entends souvent : ‘mais tu ne te fais pas une petite fête de temps en temps ?’ Pour quelqu’un qui a un problème de dépendance, il n’y a pas de fête. On aime, on danse, on rit, mais la fête à l’aide d’un produit – quelqu’un qui a un problème de dépendance, il prend un truc, il sait quand il l’a pris, mais il ne sait pas quand ça va s’arrêter. Il n’y a pas de fête. Donc la fête est finie.

Est-ce que l’envie de raconter cette histoire, avec ce point de vue, vient aussi du fait que vous ne vous retrouviez peut être pas dans les autres films abordant le sujet de la toxicomanie ?

C’est sûr que quand on fait des films, on a toujours envie de trouver un sujet ou une chose qui soit à la fois personnel, et à la fois pas éculé. Mais sans juger, car il y a des films magnifiques, avec des toxicomanes, comme Panique à Needle Park, Requiem for a dream. Mais c’est vrai que la multitude de personnages de toxicomanes, au bout d’un moment, il y a quelque chose d’uniforme qui questionne sur la représentation.

Quand on est toxicomane, on se sent aussi comme quelqu’un qui est désincarné. Je n’avais pas envie du tout de raconter ça une énième fois

Mais en même temps, c’est vrai que quand on est toxicomane, on se sent aussi comme quelqu’un qui est désincarné. On voit bien qu’on est dans cette recherche de prendre des trucs, qu’on ne vit plus, qu’on ne s’habille plus, qu’on n’a plus de désir… Je n’avais pas envie du tout de raconter ça une énième fois.

Au-delà de l’histoire d’amitié, j’avais beaucoup envie de raconter l’après, le début de l’après. Ce n’était pas facile car c’est ténu. Parce que c’est une renaissance. Comment vous racontez la première fois que vous riez, la première fois que vous aimez ? Tout ça sont des choses tellement simples que de s’interroger sur comment les représenter au cinéma est une vraie question.

C’est votre premier long métrage en tant que réalisatrice mais vous avez déjà collaboré à plusieurs films auparavant. Pouvez-vous nous parler de votre parcours avant ce film ?

J’ai un parcours super autodidacte. J’ai commencé à travailler assez tard. Je me souviens de stages dans des rédactions télé, où j’étais plus âgée que toutes les stagiaires. Et puis j’ai rencontré Vincent Ravalec. Je suis devenue assistante sur un de ses films. J’ai rencontré comme ça toute une bande. C’est cette bande qui m’a initiée. Mais mes parents était très cinéphiles. J’avais vu Le Magicien d’Oz, Le Chien de Baskerville, La Nuit du chasseur… 

Et de faire un premier long métrage en tant que réalisatice, c’est quelque chose qui vous trottait dans la tête depuis un moment ?

C’était un vrai rêve. J’avais hyper envie, mais c’est un désir qui est dur, c’est tenir un projet pendant des années, c’est supporter des échecs terribles. En collaborant avec d’autres réalisateurs, je me disais que c’était courageux, et me demandais si j’étais capable de ça, donc j’ai mis un peu de temps à passer de l’autre côté. 

La bande-annonce de La Fête est finie :

La Fête est finie Bande-annonce VF

 

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